Chimères…
Le son soufflé et vibrant de la flûte Shakuhachi caresse les feuilles des bananiers… la quatrième aube de juillet vient de se lever, humide et douce… entre veille et sommeil, je flotte… fin de saison… carrefour des hiers et des demains… dans ma tête, volent des chimères…
…Les singes parlants s’éloignent, emportés par la brise légère qui tire vers l’océan (dans deux étés, ils reviendront)…
…Une fillette sourde et muette, qui n’aime pas les marionnettes, coupe les fils qui entravent un petit métis en colère. Il tombe dans le ruisseau. « Vas-y, nage, c’est ça, la vie»…
…Une Gelsomina miniature, assise contre un rideau noir, me regarde, de ses yeux qui louchent, étonnée et gaie. Elle m’appelle…« Attends-moi, j’arrive. »…
…Une fenêtre à roulettes s’ouvre sur les forêts naissantes que le docteur Astrov plante pour l’oxygène des générations futures alors qu’Anton Tchékhov, de scènes en récits, s’étouffe, les poumons rongés par la tuberculose …
…Un oiseau d’acier est retenu à l’aéroport par la douane new-yorkaise qui ne sait pas ce qu’est une œuvre d’art…alors qu’à Nantes, les travestis font le Conservatoire, qu’à Orthez, Novarina s’invite chez Gaston Fébus, et, qu’à Bordeaux, Brecht apprend aux élèves de l’École de théâtre à devenir épiques…
Telles se présentent, ce matin, fragmentées et mystérieuses, quelques-unes des images passées ou à venir, fantômes de la saison qui finit ou apparitions de celle qui arrive….
Au bout du compte, du théâtre, comme de la vie, nous retenons les fragments signifiants, les instants essentiels, les images emblématiques, les fulgurances. Que ce soient les souvenirs qui nous restent ou les désirs qui nous animent, les utopies, les rêves…les chimères…
Et pendant ce temps, en Afrique du Sud, les sanglots mortifiés d’Oscar Cardozo, jeune paraguayen de Caaguazu, répondent au rire d’enfant vainqueur de l’espagnol des Asturies, David Villa… Air connu, vilain petit écho, têtu et méchant, qui traverse les siècles… Combien faudra-t-il encore de Coupes du Monde pour que l’Amérique latine des petites nations s’affranchisse de l’Espagne ?
Et si l’Uruguay, mardi… ? Chimère ?… Oui, nous le disions, la vie en est remplie.
Elles aident à vivre et à rêver le monde qui vient. Ne nous en privons pas.
Bonnes vacances.
Jean-Marie Broucaret -
Juillet 2010